Книга: Carroll L. «Alice. Through the Looking-Glass»

Alice. Through the Looking-Glass

Sir John Tenniel was an English illustrator, graphic humourist and political cartoonist whose work was prominent during the second half of the 19th century. Tenniel was knighted by Victoria for his artistic achievements in 1893. With knighthood, Tenniel elevated the social status of the black and white illustrator, and sparked a new sense of recognition of and occupational honour to his lifelong profession. Tenniel is most noted for two major accomplishments: he was the principal political cartoonist for Britain's Punch magazine for over 50 years, and he was the artist who illustrated Lewis Carroll's Alice's Adventures in Wonderland and Through the Looking-Glass..

Издательство: "Bamboo Books" (2016)

Формат: Твердая бумажная, 116 стр.

ISBN: 9785519210027

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CARROLL (L.)

CARROLL (L.)

L’œuvre de Lewis Carroll fait problème: écrite d’abord pour des enfants, c’est chez les adultes qu’elle connaît à l’heure actuelle le plus grand succès; insérée dans le courant qui, à l’époque victorienne, a transformé la littérature enfantine, c’est au milieu du XXe siècle qu’on a pris la mesure de son caractère d’avant-garde dans divers domaines des sciences humaines; écrite par un clergyman très respectable, elle aboutit à un démantèlement de tout un univers intellectuel, et parfois moral, qui a permis l’entrée de son auteur au panthéon des surréalistes. On conteste sa valeur proprement littéraire, on met en doute son intérêt éducatif, on ne croit pas à la présence en elle d’intuitions logiques, linguistiques ou psychologiques, et pourtant, sur chacun de ces terrains, les aventures au pays des merveilles d’Alice et de ses émules, Sylvie et Bruno, sont riches d’enseignements ou de révélations. Bref, la personnalité de Carroll, typique mais excentrique, appartient aussi bien à notre temps qu’au règne de Victoria.

Poète et logicien

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, naquit à Daresbury, petite bourgade proche de Manchester. Son père était prêtre de l’Église anglicane, ministre de la paroisse, et devait plus tard accéder à de plus hautes responsabilités. Charles était le troisième enfant d’une très nombreuse famille. La majeure partie de son enfance s’écoula à Daresbury, puis à Croft, dans le Yorkshire, à partir de 1843. On sait que Charles aimait inventer, pour ses frères et sœurs, des jeux divers, et qu’il monta notamment des spectacles de marionnettes. À douze ans, on le mit en pension à Richmond et, un an et demi plus tard, il entrait à la grande public-school de Rugby. Son séjour y fut, de son aveu, fort pénible, par suite du régime des punitions et surtout du poids de la vie collective, rendu plus lourd encore pour lui par son goût médiocre pour le sport. Il y fit de bonnes études et, après quatre ans passés à Rugby, fut admis à Oxford (Christ Church College), où il s’installa en janvier 1851; il devait y résider jusqu’à sa mort.

Sa mère mourut cette même année 1851. Charles en fut très affecté, ce qui contribua peut-être à rendre plus difficiles ses relations avec son père. Il travailla d’arrache-pied, sans se faire beaucoup d’amis, et obtint brillamment son diplôme de mathématiques en décembre 1854. Le collège lui accorda, de ce fait, le titre de student , qui devait faire de lui ultérieurement un «membre du collège» et, d’emblée, l’équivalent d’un assistant de faculté d’aujourd’hui. En contrepartie, il s’engageait, au moins provisoirement, à devenir prêtre et à rester célibataire.

C’est à cette époque qu’il commença véritablement à écrire: d’abord des poèmes, mais aussi quelques nouvelles qui parurent dans un petit magazine, The Train , dont le directeur choisit, parmi les pseudonymes que Dodgson lui proposa, celui de Lewis Carroll (1856). En même temps, il se passionnait pour la photographie, encore balbutiante, et devint remarquable dans les compositions artistiques. C’est ainsi qu’il tira de nombreux portraits des enfants du doyen de son collège, Liddell, et s’attacha à la petite Alice. En 1862, l’année où celle-ci eut dix ans, Carroll, au cours d’une promenade en barque, raconta pour la première fois ce qui devait devenir Alice au pays des merveilles. Une édition en fac-similé en fut, à la demande d’Alice, réalisée presque aussitôt, puis le texte, considérablement augmenté, fut proposé à l’éditeur Macmillan, qui l’accepta. Illustré par John Tenniel, caricaturiste alors célèbre, le livre parut en juillet 1865. Ce fut tout de suite un grand succès et, dès 1867, Carroll envisagea une «suite», illustrée par le même Tenniel: ce fut Alice à travers le miroir (1872). En 1876 enfin, le succès de La Chasse au snark fut presque aussi grand.

Parallèlement, Carroll poursuivait son travail de professeur et de mathématicien. Mais son enseignement ne plaisait guère, et ses ouvrages mathématiques – mis à part Euclide et ses rivaux modernes , 1879, réfutation pleine d’humour des géométries non euclidiennes – n’ont pas marqué. Après avoir été ordonné diacre en 1861, il renonça à devenir prêtre, invoquant sa timidité et son bégaiement. Il parvint cependant à rester à Christ Church, où sa vie se déroulait calmement, malgré des conflits violents avec le doyen Liddell, inquiet d’abord de son attachement pour Alice, puis exaspéré par les pamphlets virulents – leur anonymat ne trompant personne – par lesquels Carroll le mettait en accusation avec plusieurs des autorités d’Oxford: Notes by an Oxford Chiel (1874). En 1881, il renonce à tout enseignement, et, peut-être sous l’influence de reproches adressés à son goût pour les photographies de petites filles en déshabillé, abandonne son passe-temps favori, la photographie. Dès lors, c’est la logique qui va devenir l’objet de tous ses soucis. Certes, il publie encore une œuvre d’imagination: Sylvie et Bruno (en deux parties, 1889 et 1893), mais l’essentiel de sa production, quoique publiée sous le nom de Lewis Carroll, marie plus ou moins heureusement logique, mathématique et humour: Une histoire compliquée (1885), The Game of Logic (1887), Pillow Problems (1893), première partie de la Logique symbolique (1896), sans oublier de nombreux petits textes de logique, et notamment un paradoxe qui devait devenir célèbre: Ce que la tortue dit à Achille (1894). Bien que connu de tous ses collègues comme Dodgson-and-Carroll, il refusa constamment l’identification et, quelques mois à peine avant sa mort, décida de renvoyer tout courrier adressé à Lewis Carroll. Mais c’est sous ce nom qu’il se présentait aux petites filles, très nombreuses, avec lesquelles il entrait en conversation, dans le train ou sur la plage; et c’est un exemplaire d’Alice qu’il leur laissait en cadeau – à moins que la sympathie ne grandît – prélude à des relations plus profondes, dont une volumineuse correspondance nous a laissé la trace. Ce fut là l’essentiel de ses amitiés, et, lorsqu’il mourut dans sa famille, le 14 janvier 1898, à l’âge de soixante-six ans, ses petites amies de toutes les régions furent à coup sûr les plus affectées.

L’enfant et les adultes

Bien que de nombreux thèmes s’entrecroisent dans les œuvres de Carroll, le thème de l’enfance les sous-tend et les éclaire tous. Alice, l’héroïne des deux premiers ouvrages, a sept ans et demi, Sylvie et Bruno respectivement sept et quatre ans. Dans chacun des ouvrages d’imagination, c’est toute une vision enfantine du monde, et une vision de l’enfance, qui nous est donnée. Alice, dans ses deux voyages successifs, découvre la réalité du monde des grandes personnes telle qu’un petit enfant peut l’appréhender. Le premier voyage la fait pénétrer, à la suite du Lapin Blanc, dans un univers instable – sa taille varie à plusieurs reprises –, agressif, où elle est raillée, rudoyée, menacée, insultée et décapitée... ou peu s’en faut. Tous ces traitements, d’ailleurs, sont le lot commun des habitants du pays des merveilles. Ceux-ci sont, soit les figures d’un jeu de cartes, soit des êtres fabuleux (licorne, griffon), soit enfin de ces êtres dont parlent les proverbes ou les expressions pittoresques de la langue anglaise: la Fausse Tortue (dont on fait un faux bouillon de tortue), le Lièvre de Mars et le Chapelier fou (deux modèles de malades mentaux), le Chat de Chester, etc. La Reine de Cœur terrorise tout ce monde et monte un gigantesque procès, où l’accusé semble être le Valet de Cœur, mais où le Chapelier puis, finalement, Alice elle-même se trouvent sérieusement menacés; heureusement pour cette dernière, sa taille a de nouveau augmenté, et elle peut balayer toutes ces créatures hostiles, et se réveiller assise auprès de sa sœur sur la berge du fleuve.

Le second voyage est plus volontaire. Par une journée enneigée, Alice exprime le souhait de traverser le miroir du salon pour voir ce qui se cache derrière. Son vœu est exaucé, et elle pénètre dans un monde où les personnages rencontrés sont les pions d’un jeu d’échecs. Tel est le point de départ. Et le problème est par elle posé: il s’agit de devenir une reine. Elle n’y parviendra qu’après toute une série d’épisodes – ou plutôt de mouvements, puisque l’univers dans lequel elle se déplace est un gigantesque échiquier – qui sont autant de rencontres avec le monde adulte et ses épreuves. Car, plus nettement que dans Alice au pays des merveilles , où le thème de la croissance physiologique était sous-jacent, nous pouvons lire À travers le miroir comme la traduction du désir qu’a l’enfant de grandir, donc d’entrer dans le monde des adultes, désir qui se heurte aux réticences, à l’hostilité parfois, en tout cas aux embûches des grandes personnes. Ainsi Alice se voit-elle, tout au long de ce deuxième voyage, à la fois constamment enseignée par ses interlocuteurs, et constamment critiquée: la Reine Rouge lui explique que, dans ce nouveau monde, le mouvement est à l’inverse de ce qu’elle croyait (il faut tourner le dos à son objectif pour avoir une chance de l’atteindre); la Reine Blanche, que le temps y est également inversé (ainsi le Messager du Roi subit une peine de prison avant d’avoir été jugé et même d’avoir commis son crime); Humpty-Dumpty, que le langage n’a de sens que par l’intention que je lui accorde, les mots n’étant que des salariés auxquels je donne telle ou telle tâche, c’est-à-dire telle ou telle signification. Une épreuve plus cruelle l’attend: la mise en question de son identité. Deux de ses interlocuteurs, en effet, lui font observer qu’elle n’est que la création d’un rêveur (en l’occurrence le Roi Rouge, qu’elle voit ronfler sous un arbre), et que, s’il s’éveillait, elle s’éteindrait comme la flamme d’une bougie! Or, quelques instants plus tôt, elle avait eu cette même crainte, lorsque, dans le bois magique, elle avait oublié à la fois son nom et sa nature. Il faudra la douceur un peu farfelue et légèrement ridicule du Cavalier Blanc, qui du moins la considère comme une égale, pour la réconcilier avec cet univers de méchanceté et d’inquiétude. Et, après cette rencontre, la voilà mûre pour la couronne – à condition de passer un dernier examen devant les deux reines réunies, puis d’assister à un grand banquet de couronnement. Et là, lorsque, dans un dernier effort, les créatures tentent de la maintenir en esclavage, sa nouvelle puissance lui permet, comme à la fin de son premier voyage, de les repousser et de se réveiller, se rendant compte que c’étaient ses petits chats qui avaient donné naissance à ces diverses créatures. Mais il reste une question lancinante, laissée sans réponse par l’auteur, et sur laquelle se clôt le livre: Qui donc a rêvé ? Suis-je le rêveur, donc le responsable de ma vie, ou suis-je rêvé par autrui, donc en son pouvoir? L’enfant qui vient de vivre, par anticipation, une crise d’opposition avec le monde adulte, peut trouver peut-être dans le conte lui-même, l’amorce ou l’espoir d’une solution.

Le langage remis en question

Sylvie et Bruno , tout en poursuivant la découverte du monde enfantin – et en l’agrémentant d’une histoire d’amour et de morale passablement ennuyeuse – met en lumière plus clairement l’une des difficultés essentielles que l’enfant rencontre dans ses rapports avec les adultes: la communication. C’est au niveau du langage et du raisonnement que commencent les problèmes. Et ce sont ces deux domaines sur lesquels s’exerce la verve, souvent agressive, de Carroll et de ses personnages: en multipliant les jeux de mots, depuis le calembour le plus facile jusqu’au jeu le plus subtil sur les sens propre et figuré de certains vocables; en remettant en question tous les clichés du discours, les expressions-à-ne-pas-prendre-au-pied-de-la-lettre; en détruisant, au fond, en nous, toute confiance dans la valeur du langage en tant qu’outil et que moyen de communication d’une pensée sur laquelle seul celui qui l’a conçue – et avant, surtout, qu’il tente de l’exprimer – a des chances d’avoir quelques lumières. C’est tout notre discours qui est atteint par cette tare originelle qu’est l’absence de règles objectives; ce que nous appelons raisonnement n’est que le cheminement, éminemment subjectif, de notre affectivité, l’expression de notre monde individuel.

On comprend, dans ces conditions, l’intérêt grandissant que Carroll a porté à la logique. Sa Logique symbolique (dont la mort l’empêcha d’achever la deuxième partie) expose clairement qu’il s’agit pour lui de permettre à ses lecteurs, à partir d’exemples amusants – la forme en effet est seule à compter, la matière sur laquelle s’exerce le raisonnement syllogistique étant indifférente – de «raisonner bien» et, par là, de déceler chez autrui les failles et les sophismes de l’argumentation. D’où l’effort de mathématisation et de symbolisation, conditions d’objectivité de cette nouvelle science du discours. Carroll n’a certes pas prouvé totalement sa théorie et, chez lui, la démolition du «vieux langage» l’emporte sur les tentatives de reconstruction. Au lieu de paramètres et de symboles, ce qui surnage de cette grande mise en question dont Alice et Bruno sont à la fois témoins et victimes, c’est plutôt l’idée – dont La Chasse au snark et le poème Jabberwocky sont les plus illustres exemples – de forger des mots nouveaux à partir d’une règle totalement subjective, que Freud retrouvera sous le nom de «contamination», et que le petit enfant applique sans le savoir lorsqu’il déforme un mot nouveau pour le faire ressembler à un mot déjà connu de lui. Les «mots-valises» de Carroll, ce sont à la fois le langage de l’enfance et celui de l’inconscient.

Ce langage de l’inconscient est rendu possible par l’importance que l’œuvre de Carroll accorde au rêve. Celui-ci est présent dans chacun de ses ouvrages: donnée fondamentale des aventures d’Alice, il réapparaît comme ingrédient dans le Snark ; et, dans le cycle Sylvie et Bruno , il est la trame et, en même temps, le moyen qu’utilise le narrateur pour quitter à volonté, en rêvant, un monde qui ne le satisfait pas afin d’atteindre une réalité plus authentique, parce que totalement subjective, que celle que lui offre le monde de l’expérience. C’est le rêve qui, isolé ou bien lié au merveilleux des contes de fées, permet au lecteur de quitter peu à peu le terrain de l’expérience et de la «réalité» pour accéder à l’univers carrollien. C’est lui, surtout, qui permet le passage vers les différentes formes carrolliennes de l’absurde: les invraisemblances du récit, en effet, naturelles dans un conte pour enfants, s’accompagnent ici d’atteintes à la vraisemblance dans des domaines généralement intouchables: les catégories de l’intellect. La logique, mais aussi le temps et l’espace, sont les victimes de cette nouvelle vision du monde. Et si, chaque fois, la parenté des conceptions carrolliennes avec la pensée enfantine demeure nette, le lecteur adulte – et, théoriquement du moins, l’auteur, adulte lui aussi – se voit conduit à remettre en question les bases intellectuelles de son appréhension du monde.

C’est de ces différents éléments qu’est fait le nonsense carrollien, auxquels s’ajoute un ingrédient essentiel: le comique. Notre sourire ou notre rire, en effet, rend possible, non pas tant le passage dans le monde farfelu de ses personnages – car le rêve, augmenté d’une pointe de merveilleux, y suffit – mais du moins la complicité progressive avec l’auteur, qui permet à ce dernier de faire tomber, l’une après l’autre, nos défenses. Jeux sur les mots, idées farfelues bannissent peu à peu toute émotion, tout jugement objectif, et nous finissons par accepter sans protester un monde que nous aurions rejeté comme absurde si l’auteur, d’emblée, nous avait demandé d’y croire. Et pourtant – en cela réside le triomphe de Carroll et la raison aussi de l’influence considérable qu’il a exercée et exerce encore sur tant d’écrivains et d’artistes – quand nous arrivons à la fin d’Alice ou du Snark , nous nous rendons compte que les postulats destructeurs qui sous-tendaient l’ouvrage, nous les avons, inconsciemment, faits nôtres. Le triomphe du nonsense carrollien, c’est l’incertitude où se trouve à la fin le lecteur: où est le sens? où est le non-sens?

Источник: CARROLL (L.)

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